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POILUS

Quand je suis revenu, je n'ai su que me taire,
comment donc l'expliquer, comment donc raconter,
qui pourrait le comprendre, tout ce que j'ai dû faire,
tant de jours, tant de nuits à vous ressusciter.

Comment dire mille fois, remonter à l’assaut,
reprendre quelques mètres, courbé sous la mitraille,
porter ce camarade, trop lourd, sur mon dos,
pour m’écrouler aussi, au bruit de la bataille.

Nuit entière figé dans ce cratère d'obus,
dans la neige, le froid, sous le corps des mourants,
dans cette boue gelée, j'ai peur comme un enfant,
odeur de pourriture, de gangrène, de sang.

Aux lueurs de l'aube, unique survivant,
ramené par mes frères au réseau des tranchées.
Errant seul, hagard, au hurlement du vent,
dans quelques heures, je sais tout va recommencer.

Bu la gnôle, le vin, fumer pour oublier,
remonter au combat, fixer la baïonnette,
courir vers eux, hurlant, leur écraser la tête,
plein de haine, vibrant, tous les massacrer.

Ne plus compter les jours, pour vivre chaque instant,
les mois, et les années, cet enfer au présent.
La vermine, les rats, l'uniforme de crasse,
la nuit, les hurlements de la tranchée d'en face.

Vu tant de combattants, au sol, ventre ouvert,
retenant d'une main, les boyaux, les viscères.
Ces membres arrachés, gisant seuls à la terre,
têtes privées de corps, regardant vers l'enfer.

Même dieu avait fui, lui seul déserteur,
abandonné les hommes, à leurs noirs tourments.
Grande guerre saignante, se nourrit du malheur,
racontez aux enfants, c'était il y a cent ans.




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POIVRE ET SEL

Il y a les murs blancs,
les volets ajourés où la lumiere s’élance.
le plafond fatigué de cette pièce immense.
le sol tout usé à force d’impatience.

Les plus que parfait, écrits au passé simple,
les toujours, les jamais, agrippés à la marge,
dans le petit cahier dont j'arrache les pages.

Le cœur noir, endormit,
j'ai l’âme poivre et sel,
hésitante, hagarde, aux dessous de dentelle.

Je vois des verres froids toujours à moitié vides,
et tous ces cris sans voix à la lune livide.
Le grand lit resté là comme une confidence.

Les tuiles sur le toit, la trop vieille charpente,
ne me protègent plus, du temps et de l'attente,
immobile, vaincu aux vaines résiliences.











REMINISCENCES

Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent,
le sol et le plafond, s'attirent, se rapprochent.
Essoufflé , tournoyant, cherchant la délivrance,
mon cerveau fatigué, à l’écume s'accroche.

Là, je vois des enfants, la cour d’école immense,
le gosse aux cheveux blond et cette plaie qu'on panse,
les genoux écorchés, les bagarres du dimanche,
tous les zéros pointés, les envies de revanche. 

Tant de départs ratés, les trains de nuit, les gares,
les verres vides ou remplis et les aubes blafardes.
les mots dits et redis, les soirées qui s'attardent,
la rencontre éphémère de l'amour en retard.

Femme assise sur moi, qui monte et qui descend,
voyage vers les cieux, qui marque la cadence,
juste fermer les yeux, perdre son innocence,
se fâcher avec dieu, pour remonter le temps.

Gisant inanimé, seul aux réminiscences,
les bribes du passé, mêlées à l'inconscience,
être ou avoir été, à l'ultime insolence.
Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent.


Poétesses