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SIESTE

Un vieux mas, près d’Aix, dormant sous la chaleur,
d'anciens murs fatigués, qui perdent leurs couleurs,
je me souviens du jour, je me souviens de l'heure,
quinze heures, treize juillet, l’éclatante lueur.

Grande pièce perdue, déserte, immobile,
au sol des carreaux, des tomettes d'argiles.
Sur la table de bois, c'est là près de la porte,
que j'écris mon émoi, quand la vie m' insupporte.

Au fond, contre le mur  un fauteuil de cuir,
ronds et larges accoudoirs, profond comme un soupir,
C'est la qu'elle somnole, blottie à la lumière,
entièrement dévêtue aux rayures des persiennes. 

En pleins, en déliés, les gouttes de sueurs,
s'invitent à la nuque. dessinent entre ses seins,
offerte, abandonnée, c'est un ange qui dort,
douces jambes croisées, belle comme un remord.

Invitée éphémère, d'un éphémère moment,
Le cœur douloureux,  je l’imagine encore,
je ne voudrais pas être, mais juste avoir été.

Peinture  de Félix Valotton






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POIVRE ET SEL

Il y a les murs blancs,
les volets ajourés où la lumiere s’élance.
le plafond fatigué de cette pièce immense.
le sol tout usé à force d’impatience.

Les plus que parfait, écrits au passé simple,
les toujours, les jamais, agrippés à la marge,
dans le petit cahier dont j'arrache les pages.

Le cœur noir, endormit,
j'ai l’âme poivre et sel,
hésitante, hagarde, aux dessous de dentelle.

Je vois des verres froids toujours à moitié vides,
et tous ces cris sans voix à la lune livide.
Le grand lit resté là comme une confidence.

Les tuiles sur le toit, la trop vieille charpente,
ne me protègent plus, du temps et de l'attente,
immobile, vaincu aux vaines résiliences.











REMINISCENCES

Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent,
le sol et le plafond, s'attirent, se rapprochent.
Essoufflé , tournoyant, cherchant la délivrance,
mon cerveau fatigué, à l’écume s'accroche.

Là, je vois des enfants, la cour d’école immense,
le gosse aux cheveux blond et cette plaie qu'on panse,
les genoux écorchés, les bagarres du dimanche,
tous les zéros pointés, les envies de revanche. 

Tant de départs ratés, les trains de nuit, les gares,
les verres vides ou remplis et les aubes blafardes.
les mots dits et redis, les soirées qui s'attardent,
la rencontre éphémère de l'amour en retard.

Femme assise sur moi, qui monte et qui descend,
voyage vers les cieux, qui marque la cadence,
juste fermer les yeux, perdre son innocence,
se fâcher avec dieu, pour remonter le temps.

Gisant inanimé, seul aux réminiscences,
les bribes du passé, mêlées à l'inconscience,
être ou avoir été, à l'ultime insolence.
Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent.


Poétesses