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J’ai pris de l’âge



J’ai pris de l’âge aussi, mais je dois l’avouer,
C’est en prenant des ans que les femmes sont belles.

Vous avez pris des rides et la chair est moins ferme,
Vos seins chauds sont plus lourds, cachés sous la dentelle,
Mais je vous aime ainsi, fragiles et cruelles.
Habiles à nous séduire, en chair capiteuse,
Nous offrant vos blessures et vos courbes soyeuses.
Votre jeunesse est là, glissée sous vos yeux clos,
Tour à tour amantes, ou femelles  amoureuses,
Vous êtes l’éternel, ce désir fiévreux,
Ce rouge à vos lèvres, cette soie noire qui crisse,
Lorsque nos mains s’égarent, deviennent les complices,
Sans remord, sans regret, en fragrances lascives,
Vous nous rendez heureux, impatients de vous suivre.

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POIVRE ET SEL

Il y a les murs blancs,
les volets ajourés où la lumiere s’élance.
le plafond fatigué de cette pièce immense.
le sol tout usé à force d’impatience.

Les plus que parfait, écrits au passé simple,
les toujours, les jamais, agrippés à la marge,
dans le petit cahier dont j'arrache les pages.

Le cœur noir, endormit,
j'ai l’âme poivre et sel,
hésitante, hagarde, aux dessous de dentelle.

Je vois des verres froids toujours à moitié vides,
et tous ces cris sans voix à la lune livide.
Le grand lit resté là comme une confidence.

Les tuiles sur le toit, la trop vieille charpente,
ne me protègent plus, du temps et de l'attente,
immobile, vaincu aux vaines résiliences.











REMINISCENCES

Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent,
le sol et le plafond, s'attirent, se rapprochent.
Essoufflé , tournoyant, cherchant la délivrance,
mon cerveau fatigué, à l’écume s'accroche.

Là, je vois des enfants, la cour d’école immense,
le gosse aux cheveux blond et cette plaie qu'on panse,
les genoux écorchés, les bagarres du dimanche,
tous les zéros pointés, les envies de revanche. 

Tant de départs ratés, les trains de nuit, les gares,
les verres vides ou remplis et les aubes blafardes.
les mots dits et redis, les soirées qui s'attardent,
la rencontre éphémère de l'amour en retard.

Femme assise sur moi, qui monte et qui descend,
voyage vers les cieux, qui marque la cadence,
juste fermer les yeux, perdre son innocence,
se fâcher avec dieu, pour remonter le temps.

Gisant inanimé, seul aux réminiscences,
les bribes du passé, mêlées à l'inconscience,
être ou avoir été, à l'ultime insolence.
Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent.


Poétesses