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Paco

Paco est mort le premier, sans prévenir. Un éclair, suivit d'un bang métallique, une seule balle dans la gorge. Il s'est affaissé sans bruit dans le sable, les yeux grands ouverts.
Dans la famille de Paco, les hommes ont l'habitude de mourir jeune, bien avant le point final. Ils s'attachent à être père avec une bienveillance silencieuse jusqu'au dernier souffle. Ils vivent à la hâte, avec une fierté, un honneur dérisoire. Ils passent…
Jamais de grandes maisons de famille, bourdonnantes de petits enfants, pas de grand pères, de sages aux cheveux blanc qui racontent une guerre. Des femmes encore jeunes, veuves et courageuses. Certaines referont leur vie, d'autre non.
Paco n'a pas eu de grand père, son père non plus. Des destins pointillés, des trous béants. Et cette manie du beau geste, celui que personne ne remarque, ce sacrifice vain, inutile, mais beau parce que invisible.
Ce soir Paco est mort, dans la nuit transparente, le fils de son fils n'aura pas de grand père.
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POIVRE ET SEL

Il y a les murs blancs,
les volets ajourés où la lumiere s’élance.
le plafond fatigué de cette pièce immense.
le sol tout usé à force d’impatience.

Les plus que parfait, écrits au passé simple,
les toujours, les jamais, agrippés à la marge,
dans le petit cahier dont j'arrache les pages.

Le cœur noir, endormit,
j'ai l’âme poivre et sel,
hésitante, hagarde, aux dessous de dentelle.

Je vois des verres froids toujours à moitié vides,
et tous ces cris sans voix à la lune livide.
Le grand lit resté là comme une confidence.

Les tuiles sur le toit, la trop vieille charpente,
ne me protègent plus, du temps et de l'attente,
immobile, vaincu aux vaines résiliences.











REMINISCENCES

Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent,
le sol et le plafond, s'attirent, se rapprochent.
Essoufflé , tournoyant, cherchant la délivrance,
mon cerveau fatigué, à l’écume s'accroche.

Là, je vois des enfants, la cour d’école immense,
le gosse aux cheveux blond et cette plaie qu'on panse,
les genoux écorchés, les bagarres du dimanche,
tous les zéros pointés, les envies de revanche. 

Tant de départs ratés, les trains de nuit, les gares,
les verres vides ou remplis et les aubes blafardes.
les mots dits et redis, les soirées qui s'attardent,
la rencontre éphémère de l'amour en retard.

Femme assise sur moi, qui monte et qui descend,
voyage vers les cieux, qui marque la cadence,
juste fermer les yeux, perdre son innocence,
se fâcher avec dieu, pour remonter le temps.

Gisant inanimé, seul aux réminiscences,
les bribes du passé, mêlées à l'inconscience,
être ou avoir été, à l'ultime insolence.
Suis je mort ou vivant, autour les murs dansent.


Poétesses